La médecine préventive, c'est-à-dire la médecine qui se pratique avant l'apparition des maladies, est un concept très ancien dans l'histoire de l'humanité. Déjà dans les civilisations grecque et romaine, les médecins reconnaissent que l'environnement et les habitudes de vie influencent la santé de la personne. Hippocrate au Ve siècle (de qui on s'inspire, nous médecins, pour prêter Serment à la profession médicale), décrivait déjà dans son traité Des airs, des eaux et des lieux que les conditions climatiques, l'eau et l'organisation des villes influencent l'apparition des maladies. Ce n'est toutefois que plusieurs siècles plus tard que la médecine préventive moderne a véritablement pris forme, notamment avec l'émergence du concept de vaccination et la mise en place du vaccin contre la variole par Edward Jenner à la fin du 18e siècle1, une maladie maintenant éradiquée depuis 1980.
Il en va de même pour le cancer, une maladie qui peut faire bien peur à plusieurs et dont les efforts de prévention ne cessent de grandir, notamment au Québec. Il faut savoir qu'il est estimé mondialement (et j'insiste sur ce mot, car les choses peuvent varier d'une région à l'autre) qu'en 2019, 36% des décès par cancer chez les femmes et 50% des décès par cancer chez les hommes sont attribués aux habitudes de vie2 — on ne peut donc pas blâmer entièrement la génétique pour cette maladie.
L'une des branches de la médecine préventive est le dépistage de cancer, considérée comme de la prévention secondaire. Dépister, c'est chercher une maladie avant qu'elle ne cause des symptômes. Certains types de cancers, incluant le cancer du sein, cancer du côlon ou cancer de la prostate, ont des protocoles de dépistage bien définis et qui ont déjà fait leurs preuves dans plusieurs études scientifiques. Prenons l'exemple du cancer du sein : la majorité des cancers du sein sont détectés grâce aux mammographies de dépistage, et ceci a changé, de manière drastique, la mortalité de ce cancer. Dans une étude de revue systématique de 2009, le dépistage par mammographie a réduit la mortalité par cancer du sein de 15% chez les plus jeunes patientes et de plus 30% chez les patientes plus âgées autour de 60 à 69 ans3. Le chiffre paraît petit ? Appliquez ces pourcentages sur les 8 656 personnes diagnostiquées d'un cancer du sein en 2023 seulement au Québec4 — le bénéfice est réel.
Le dépistage par mammographie a prévenu un décès sur cinq chez des femmes qui auraient autrement succombé au cancer du sein.
Dans une autre méta-analyse de 2012 qui inclut 600 000 patientes dépistées, le dépistage par mammographie prévient un décès sur cinq chez des femmes qui auraient autrement succombé au cancer du sein5. Cela date pourtant de 14 ans maintenant, et il y en a eu des avancées de traitement depuis.
Donc le dépistage du cancer a clairement sa place dans la médecine moderne, et on pourrait même se questionner s'il ne devait pas prendre plus de place dans notre pratique médicale future — parce que pour être franc, il nous reste encore beaucoup à élucider et à chercher dans ce domaine. Au moment où ce texte est rédigé, on ne sait pas comment dépister le cancer du pancréas, l'un des cancers qui nous pose le plus de défis de traitement en tant qu'oncologue. À suivre...
Références
- A History of Preventive Medicine, Harry Wain.
- Tran KB, Lang JJ, Compton K, et al. The global burden of cancer attributable to risk factors, 2010–19: a systematic analysis for the Global Burden of Disease Study 2019. Lancet. 2022;400:563.
- Nelson HD, Tyne K, Naik A, Bougatsos C, Chan BK, Humphrey L, U.S. Preventive Services Task Force. Screening for breast cancer: an update for the U.S. Preventive Services Task Force. Ann Intern Med. 2009;151(10):727.
- Registre Québécois du cancer. quebec.ca (consulté le 6 mars 2026).
- Independent UK Panel on Breast Cancer Screening. The benefits and harms of breast cancer screening: an independent review. Lancet. 2012 Nov;380(9855):1778–86.
